2005 - Operation Licorne en Cote-d'Ivoire
Au Printemps 2005, je suis parti pendant 4 mois en Côte d’Ivoire dans le cadre de l’Opération LICORNE. J’étais alors engagé dans l’Armée Française, au 7e Bataillon de Chasseurs Alpins. Ce pays était en proie à la guerre civil, la rébellion venue du Nord contestant la légitimité du Président. Les troupes françaises sont alors intervenues pour une mission d’interposition. 4 Compagnies du 7e BCA sont donc parties en relève en Février 2005. J’ai débarqué avec mes camarades sur l’aéroport d’Abidjan, la plus grande ville du pays, ancienne capitale. Avec ma Compagnie (environ 150 soldats), nous restâmes une semaine dans un camp provisoire, sous de grande tente en toile, à nous acclimater à ce climat tropical, chaud et humide. Nous ne pouvons pas sortir du camp, mais les baraquements qui nous entourent nous donnent un aperçu de ce que doit être la ville : de petites maisons de béton, souvent sans porte ni eau courante, entassées les unes contre les autres, des gamins maigrelets et presque nus dans les ruelles, de solides femmes portant de volumineuses charges sur leurs têtes. Voilà ma première vision de l’Afrique.
Puis nous quittâmes Abidjan pour aller rejoindre la ville de Bouaké, au centre du pays. 400 Km en véhicules blindés à travers un paysage à la végétation luxuriante, et sous une chaleur qui ne nous était pas encore devenu familière. Il y a moins de 10 jours, nous étions encore au cœur des Alpes, en plein hiver… Le soleil transforme les blindés en véritable cocotte minute, les meilleures places sont alors debout, en trappes de surveillance, le vent nous rafraîchissait. Nous marquons un arrêt dans un petit village. Aussitôt, des femmes et des gamins arrivent et tentent de marchander des fruits, des beignets ou des sandwichs. Nous achetons volontiers de cette nourriture, content de manger autre chose que des rations militaires. Un de mes camarade, un peu méfiant sans doute, demande d’où provient la viande des sandwichs : « C’est du bœuf ! » nous répond une femme. Nous mordons à pleine dent. Du bœuf ? Je n’en n’ai pas vu un seul depuis que nous avons quitté Abidjan. Je pose alors la même question à une fillette, et elle pointe du doigt …un chien ! On se regarde alors, et terminons nos délicieux sandwichs en faisant comme si on n’y croyait pas.
Près avoir franchis sans problème plusieurs barrages routiers, aux mains des troupes gouvernementales d’abord, puis à celles des rebelles près de Bouaké, nous arrivons enfin à destination. Un ancien séminaire sera notre camp de base. Les conditions sont plutôt rustiques, mais on ne s’attendait pas à du grand luxe non plus… Nous passerons 4 mois à patrouiller dans la zone de confiance, qu’aucune des armées adverses ne doit franchir, tentant également d’appréhender des bandits coupeurs de route qui dévalisent et harcèlent la population, installant des barrages routiers ou fouillant des trains pour contrôler les marchandises transportées (trafic d’armes), aller à la rencontre des gens dans les villages de brousse pour collecter des renseignements sur d’éventuelles mouvements de troupes… La chaleur était caniculaire, je me souviens particulièrement d’une fois où j’étais allongé sur le blindé, en alerte derrière la jumelle de mon fusil (j’étais tireur de précision), et ma montre m’a indiquée 52 degré ! Avant de disjoncter…
Au campement, les journées étaient remplies par les tours de garde (24h/24), les travaux communautaires et l’entraînement physique et technique. Nous avalions tout les jours des médicaments pour nous protéger du paludisme, transmis par les moustiques, et dormions sous des moustiquaires. Ces médicaments nous donnaient pourtant de désagréables maux d’estomacs.
Bouaké étant le fief de la rébellion, il nous est arrivé de nous mettre en contact avec eux, et nos rapport ont toujours été très bons, alors que ceux entre l’Armée Française et l’Armée Ivoirienne étaient plutôt conflictuels.
Concernant la faune sauvage, grand déception. Mise à part les Pythons (dont certains finir dans nos assiettes) et les Mambas (qui nous terrorisaient), rien d’autres. Depuis la guerre, la population a faim et chasse abondement, même les animaux des zoos y sont passés !
Puis début Juin, nous sommes redescendu sur Abidjan, retrouver nos camarades des autres Compagnies, et après quelques jours à refaire les caisses, nous reprîmes l’avion et étions de retour chez nous. Ça m’a fait tellement plaisir de voir à nouveau les montagnes et de respirer un air frais et sec !